Sois Dieu ! Sois créature !
Tu Seras par Allâh un Tout-Miséricordieux.
(Ibn ‘Arabî, Fusûs al-Hikam, Verbe de Jésus)
Connaître sa gloire,
Conserver sa disgrâce,
C’est être la Vallée de l’Empire.
(Tao Te King, XXVIII, trad. Jacques
Lionnet)
L’Être devient-il vraiment deux entités distinctes, jîva et Shiva ? Si l’on fait deux poupées de la déléctable ambroisie, l’une un
Maître, l’autre un esclave, dis-moi, y a-t-il une différence entre elles ?
(Guru Vachaka Kovai, dits de Ramana Maharshi, 1081) [1]
(Guru Vachaka Kovai, dits de Ramana Maharshi, 1081) [1]
Dans le deuxième chapitre de La Grande Triade, ouvrage en quelque sorte consacré au sujet de la présente étude, il est question de deux ternaires dont l’un est le reflet de l’autre, et qui peuvent être représentés respectivement par le triangle droit et le triangle inversé ; l’un « est constitué par un principe premier (au moins en un sens relatif) dont dérivent deux termes opposés, ou plutôt complémentaires », l’autre est formé « par deux termes complémentaires et par leur produit ou leur résultante » :
Le premier de ces ternaires, ce pourra être l’Être pur
se polarisant en Essence et en Substance universelles (Purusha et Prakriti dans la
tradition hindoue ; le Ciel et la Terre dans la tradition
extrême-orientale ) ; le second, celui de l’Essence, de la Substance,
et de leur produit, de quelque nom ou point de vue qu’on envisage ce dernier
: l’Homme en tant que troisième terme de la Grand Triade, synthèse des
« dix mille êtres » ; le
couple Purusha-Prakriti en tant que, par rapport à la
manifestation, il s’identifie à l’ « Homme Universel » ; Buddhi (l’Intellect pur) ou Mahat (le « grand principe ») qui,
dans l’universel, est Îshwara (le Principe de la manifestation
universelle), non en soi, mais par rapport aux êtres manifestés ; etc.
« La considération de deux ternaires comme ceux
dont nous venons de parler, ayant en commun les deux principes complémentaires
l’un de l’autre, nous conduit [...] à quelques [...] remarques importantes :
les deux triangles inverses qui les représentent respectivement peuvent être
regardés comme ayant la même base, et, si on les figure unis par cette base
commune, on voit d’abord que l’ensemble des deux ternaires forme un
quaternaire, puisque, deux termes étant les mêmes dans l’un et dans l’autre, il
n’y a en tout que quatre termes distincts, et ensuite que le dernier terme de
ce quaternaire, se situant sur la verticale issue du premier et symétriquement
à celui-ci par rapport à la base, apparaît comme le reflet de ce premier terme,
le plan de réflexion étant représenté par la base elle-même, c’est-à-dire
n’étant que le plan médian où se situent les deux termes complémentaires issus
du premier terme et produisant le dernier (fig. 3).[2]
Ceci est facile à
comprendre au fond, car, d’une part, les deux complémentaires sont contenus
principiellement dans le premier terme, de sorte que leurs natures respectives,
même lorsqu’elles semblent contraires, ne sont en réalité que le résultat d’une
différenciation de la nature de celui-ci ; et, d’autre part, le dernier
terme, étant le produit des deux complémentaires, participe à la fois de l’un
et de l’autre, ce qui revient à dire qu’il réunit en quelque façon en lui leurs
deux natures, de sorte qu’il est là, à son niveau, comme une image du premier
terme ; et cette considération nous amène à préciser encore davantage le
rapport des différents termes entre eux.
Nous venons de voir que les deux termes extrêmes du quaternaire, qui sont en même temps respectivement le premier terme du premier ternaire et le dernier du second, sont l’un et l’autre, par leur nature, intermédiaires en quelque sorte entre les deux autres, quoique pour une raison inverse : dans les deux cas, ils unissent et concilient en eux les éléments du complémentarisme, mais l’un en tant que principe, et l’autre en tant que résultante. Pour rendre sensible ce caractère intermédiaire, on peut figurer les termes de chaque ternaire suivant une disposition linéaire[3] : dans le premier cas, le premier terme se situe alors au milieu de la ligne qui joint les deux autres, auxquels il donne naissance simultanément par un mouvement centrifuge dirigé dans les deux sens et qui constitue ce qu’on peut appeler sa polarisation (fig. 4) ;
Quelques remarques sur ce passage : tout d’abord,
à propos du quaternaire, on peut citer ce que dit Palingénius dans
ses Remarques
sur la productions des nombres : « Le quaternaire est le
nombre du Verbe manifesté, de l’Adam Kadmon, et l’on peut dire qu’il est
essentiellement le nombre de l’Émanation, car l’Émanation est la manifestation
du Verbe ; de lui dérivent les autres degrés de la manifestation de
l’Être, en succession logique, par le développement des nombres qu’il contient
en lui-même, et dont l’ensemble constitue le Dénaire » ; mais surtout,
nous voudrions attirer l’attention sur la note où il est question de la mandorla, car dans L’Œil qui voit tout, Guénon rappelle la
représentation du Christ glorieux à son intérieur, qui y occupe donc la place
des points 1 ou 4 dans les deux dernières figures ci-dessus, bien qu’à vrai
dire, la mandorla contenant le Christ étant généralement
représentée verticalement, celui-ci n’y figure que comme le point 4 (cf. la
suite du texte que nous
venons de citer), c’est-à-dire comme « l’apparence que prend Atmâ dès que, au lieu de ne considérer que
le Principe suprême […], on envisage aussi les états de manifestation […] »,
pour reprendre, dans un contexte un peu différent il est vrai, les termes de
Guénon à propos de Buddhi (qui "n'est pas sans rapports
avec le Logos alexandrin", écrit-il par
ailleurs). Ceci dit, la mandorla dont parle
Guénon apparaît comme participant des natures de l'un et de l'autre
des deux triangles à la fois, les réunissant en elle-même et les reliant entre
elles (ce à quoi semble d'ailleurs encore faire allusion la suite de la note en
question)[4].
À cet égard, on peut rappeler divers autres
passages : "[…] le
centre est, en raison de son caractère principiel », écrit
Guénon dans Les « têtes noires », « ce qu’on
pourrait appeler le « lieu » de la non-manifestation ; comme
tel, la couleur noire, entendue dans son sens supérieur, lui convient donc
réellement. Il faut d’ailleurs remarquer que, par contre, la couleur blanche
convient aussi au centre sous un autre rapport, nous voulons dire en tant qu’il
est le point de départ d’une « irradiation » assimilée à celle de la
lumière [5] ; on pourrait
donc dire que le centre est « blanc » extérieurement et par rapport à
la manifestation qui procède de lui, tandis qu’il est « noir »
intérieurement et en lui-même" ; dans le quatrième
chapitre du Symbolisme de la Croix et l'article Le
Verbe et le symbole, il est question de deux aspects du Verbe, "d’abord
Pensée à l’intérieur (c’est-à-dire en Soi-même), puis, Parole à l’extérieur
(c’est-à-dire par rapport à l’Existence universelle), la Parole étant la
manifestation de la Pensée"[6] ; dans Le grain de sénevé, il est dit que "le Verbe divin, suivant qu’on l’envisage comme subsistant éternellement en soi-même ou comme se faisant le « Centre du Monde », est à la fois principe et germe de tous les êtres ; ailleurs, par
exemple dans Le
Coeur du Monde dans la Kabbale héraïque, il est question du point sans
dimension, symbole de l'unité, qui, bien qu’étant le principe de l'étendue, qui
n'existe que par son rayonnement, ne devient compréhensible qu'en se situant
dans cette étendue dont il devient alors le centre, et encore du point
primordial incompréhensible, l’Un non-manifesté, qui "en forme trois qui
représentent le Commencement, le Milieu et la Fin (comme les trois éléments du
monosyllabe Aum dans le symbolisme hindou et dans l’ancien
symbolisme chrétien), et que ces trois points réunis constituent la
lettre iod, qui est ainsi l’Un manifesté (ou plus exactement
affirmé en tant que principe de la manifestation universelle), Dieu se faisant
Centre du Monde par son Verbe" ; enfin, nous citerons l'article Er-Rûh,
où il est parlé de la pointe supérieure de l’alif, le « secret des
secrets » (sirr al-asrâr), et de son reflet, « le point
du ba, en tant que ce point est le centre de la « circonférence
première » (ed-dâirah el-awwaliyah) qui délimite et enveloppe le
domaine de l’Existence universelle, circonférence qui d’ailleurs, vue en
simultanéité dans toutes les directions possibles, est en réalité une sphère,
la forme primordiale et totale de laquelle naîtront par différenciation toutes
les formes particulières ».
D’ailleurs, puisque les deux pôles complémentaires de
la manifestation, l’Essence et la Substance universelles, sont figurés par les
deux extrémités du ba, par lequel Allah créa le
monde, il est facile de se rendre compte que la figure du ba surmonté
de l’alif, dont il est question dans Er-Rûh, peut être
comparée à celle des deux triangles réunis par leur base :
Nous laissons au lecteur le soin de se reporter à cet
article sur Er-Rûh,
l’Esprit total de l’Existence universelle, car il faudrait le citer
presque en entier pour notre propos : le ba, Er-Rûh, par ces deux
extrémités, peut être rapproché du couple Purusha-Prakriti dont nous avons parlé au début ;
en outre, il est la « limite » posée entre la vérité divine (El-Haqq)
et la création (el-Khalq), « limite »[7] par laquelle la création
est séparée de son Principe divin et lui est unie tout à la fois, suivant le
point de vue sous lequel on l’envisage : du côté d’ El-Haqq,
c’est Dieu même, Er-Rahmân, reposant sur le « Trône » (El-Arsh,
qui coïncide avec la « circonférence première » dont il a été
question plus haut), tandis que du côté d’el-Khalq, Er-Rahmân n’apparaît
en quelque sorte que par réfraction à travers Er-Rûh ou
Metatron (que l’on place au centre dans la figuration du « Trône »),
ce qui est en connexion directe avec le sens de ce hadîth :
« Celui qui me voit, celui-là voit la Vérité » (man raanî faqad
raa el-Haqq) ; enfin, la question des deux natures divine et humaine
apparait encore selon un point de vue dont nous aurons à reparler plus
tard : en effet, Er-Rûh est
l’Avatâra éternel, l’agent des « théophanies », le
principe même de toutes les manifestations prophétiques, qui sont ses reflets
dans le « monde d’en bas ».
Pour revenir aux deux triangles inversés, il va de soi
que ce sont aussi ceux du « sceau de Salomon », ancien symbole du
Christ : « dans
le symbolisme d’une école hermétique à laquelle se rattachaient Albert
le Grand et saint Thomas d’Aquin, le triangle droit représente la Divinité, et
le triangle inversé la nature humaine (« faite à l’image de Dieu »,
comme son reflet en sens inverse dans le « miroir des Eaux »), de
sorte que l’union des deux triangles figure celle des deux natures (Lâhût et Nâsût dans
l’ésotérisme islamique) ». « D’autre part, au point de vue du
symbolisme numérique, le « sceau de Salomon » est la figure du nombre
6, qui est le nombre « conjonctif » (la lettre vau en
hébreu et en arabe), le nombre de l’union et de la médiation ; c’est aussi
le nombre de la création, et, comme tel, il convient encore au Verbe « per
quem omnia facta sunt » »[8]. Comme Guénon eut si souvent à le dire, le sceau de Salomon, comme le chrisme et les autres symboles dont la construction repose sur la figure de la roue à six rayons, est un symbole de l’analogie, qui implique essentiellement la considération du « sens inverse » ; et parmi les nombreux articles où Guénon parle de l'analogie, nous pouvons par exemple citer L'Arbre du Monde, comme particulièrement significatif au point de vue où nous nous plaçons ici : "dans certains textes traditionnels hindous, il est question de deux arbres, l’un « cosmique » et l’autre « supra-cosmique » ; comme ces deux arbres sont naturellement superposés, l’un peut être considéré comme le reflet de l’autre, et, en même temps, leurs troncs sont en continuité, de sorte qu’ils sont comme deux parties d’un tronc unique, ce qui correspond à la doctrine d’« une essence et deux natures » en Brahma. [...] Dans la Sûrat En-Nûr [Qorân, XXIV, 35], il est parlé d’un « arbre béni », c’est-à-dire chargé d’influences spirituelles [...], qui n’est « ni oriental ni occidental », ce qui définit nettement sa position comme « centrale » ou « axiale. » ; et cet arbre est un olivier dont l’huile entretient la lumière d’une lampe ; cette lumière symbolise la lumière d’Allah, qui en réalité est Allah lui-même, car, ainsi qu’il est dit au début du même verset, « Allah est la Lumière des cieux et de la terre ». Il est évident que, si l’arbre est ici un olivier, c’est à cause du pouvoir éclairant de l’huile qui en est tirée, donc de la nature ignée et lumineuse qui est en lui ; c’est [...] l’« Arbre de Lumière » [...] Allah sous l’aspect de la Lumière qui illumine tous les mondes". Et Guénon écrit en note : "Cette Lumière est même, d’après la suite du texte, « lumière sur lumière », donc une double lumière superposée, ce qui évoque la superposition des deux arbres dont nous avons parlé plus haut ; on retrouve encore là « une essence », celle de la Lumière unique, et « deux natures », celle d’en haut et celle d’en bas, ou le non-manifesté et le manifesté, auxquels correspondent respectivement la lumière cachée dans la nature de l’arbre et la lumière visible dans la flamme de la lampe, la première étant le « support » essentiel de la seconde."
Dans La montagne et la caverne, Guénon a
représenté le triangle inversé du sceau de Salomon à l'intérieur du triangle
droit, ce qui se comprend sans peine d'après ce que nous venons de dire sur l'analogie : ce qui apparaît comme le plus petit par rapport à la création
est en réalité ce qui est le plus grand en principe, et que ce qui est le plus
intérieur est aussi ce qui englobe tout. Disons en passant, car nous aurons à y
revenir, que le triangle inversé étant le schéma du cœur (en lequel réside le
principe divin de tout être), on pourrait considérer l'ensemble des deux
triangles comme figurant la synthèse des points de vue de la transcendance et
de l'immanence, conciliés dans l'harmonie totale : dans le monde
supérieur, le principe contient toutes choses ; dans le monde inférieur,
il est le germe qui est contenu dans toutes choses, et, comme l'explique Guénon
dans Le Roi du monde, cette identité essentielle est
représentée par l’équivalence numérique des noms El Eliôn,
« le Dieu Très-Haut » et Emmanuel, « Dieu en
nous » (et ceci est encore à rapprocher de ce que nous avons dit plus haut
à propos du Principe considéré respectivement en soi-même et en tant qu'il se
manifeste au point central de l'Univers).
Maintenant, nous avons vu plus haut que l’ « Homme Universel » pouvait être envisagé comme unissant en lui les natures de l’Essence et de la Substance universelles, de Purusha et de Prakriti (cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch.IV), du Ciel et de la Terre de la tradition extrême-orientale (cf. La Grande Triade) ; or, dans sa correspondance avec Michel Vâlsan, Guénon a mis la figuration des deux triangles inversés l’un dans l’autre en rapport avec l’ « Homme Universel » en tant qu’il est représenté par l’ensemble « Adam-Ève », le grand et le petit triangles correspondant respectivement à Adam et à Ève, ainsi que le montrent les lettres qu’il a inscrit sur la figure à cette occasion. En effet, en Arabe, Adam wa Hawâ (Adam et Ève) a le même nombre qu’Allah (ce qui est une expression de l’ « Identité Suprême »), et le nombre de Hawâ (15) étant le tiers de celui de Adam (45), Adam représente trois quarts et Hawâ un quart de leur somme figurée par les deux triangles[9] :
Si l’on remarque que les deux alif,
respectivement première et dernière lettres des noms de Adam et
de Hawâ, correspondent aux pointes des deux triangles, situées sur
la même verticale, il apparaît que cette figure ressemble à celle du alif surplombant
le ba dont il a été question plus haut. En outre, toujours
dans sa correspondance avec Michel Vâlsân, Guénon a mis cette figuration de
l’ « Homme Universel » en rapport avec les quatre conditions ou
« pieds » d’Âtmâ, dont il a ainsi parlé au début du chapitre
XVI de L’Homme et son devenir selon le Vêdânta :
« « Veille, rêve, sommeil profond
[correspondant respectivement à la manifestation grossière ou corporelle,
subtile ou « psychique », et à leur principe informel et
non-manifesté], et ce qui est au delà, tels sont les quatre états d’Âtmâ ;
le plus grand (mahattara) est le Quatrième (Turîya). Dans les
trois premiers, Brahma réside avec un de ses pieds ; il a
trois pieds dans le dernier »[10]. Ainsi, les proportions établies précédemment à un
certain point de vue se trouvent renversées à un autre point de vue : des
quatre « pieds » (pâdas) d’Âtmâ, les trois premiers
quant à la distinction des états n’en sont qu’un pour l’importance
métaphysique, et le dernier en est trois à lui seul sous le même rapport.
Si Brahma n’était pas « sans parties » (akhanda),
on pourrait dire qu’un quart de Lui seulement est dans l’Être (y compris tout
ce qui en dépend, c’est-à-dire la manifestation universelle dont il est le
principe), tandis que Ses trois autres quarts sont au delà de l’Être[11]. Ces trois quarts
peuvent être envisagés de la façon suivante : 1° la totalité des
possibilités de manifestation en tant qu’elles ne se manifestent pas, donc à
l’état absolument permanent et inconditionné, comme tout ce qui est du
« Quatrième » (en tant qu’elles se manifestent, elles appartiennent
aux deux premiers états ; en tant que « manifestables », au troisième,
principiel par rapport à ceux-là) ; 2° La totalité des possibilités de
non-manifestation (dont nous ne parlons d’ailleurs au pluriel que par analogie,
car elles sont évidemment au delà de la multiplicité, et même au delà de
l’unité) ; 3° enfin, le Principe Suprême des unes et des autres, qui est
la Possibilité Universelle, totale, infinie et absolue.[12] »
Ainsi, le grand triangle et le petit triangle qui s'y
trouve contenu, Adam et Ève, les deux natures de l’ « Homme
Universel », peuvent représenter l'Être (Ève) et ce qui est au-delà de
l'Être (Adam), bien qu’évidemment, le Principe suprême, total, infini et absolu
soit au-delà de la distinction de l’Être et du Non-Être. Il est d’ailleurs à
remarquer que le triangle renversé est un des symboles de la Shakti (cf. par exemple La
Montagne et la Caverne) ; et au fond, si l’on voulait remonter au
Principe même de toutes ces dualités, peut-être faudrait-il aller jusqu’à envisager les
deux aspects du Principe suprême que
sont l’Infini et la Possibilité, la « perfection active » et la
« perfection passive », Brahma (le Principe en
tant qu’ « Il n’est
pas modifié ») et sa Shakti (« en tant qu’Il se
modifie »), aspects respectivement actif ou masculin et passif ou féminin.
Maintenant, il est temps de citer Le symbolisme
de la Croix (ch.XXVIII)
: « [...] le véritable « médiateur », en qui l’union du
« Ciel » et de la « Terre » est pleinement accomplie par la
synthèse de tous les états, est l’« Homme Universel », qui est
identique au Verbe ; et notons-le en passant, beaucoup de points des
traditions occidentales, même dans l’ordre simplement théologique, pourraient
trouver par là leur explication la plus profonde ». En effet,
« l’union du « Ciel » et de la « Terre » est la même
chose que l’union des deux natures divine et humaine dans la personne du
Christ, en tant que celui-ci est considéré comme l’« Homme
Universel » ». Le Ciel et la Terre, « perfection active » (Khien)
et « perfection passive » (Khouen) dans l’Universel, lorsqu’ils sont vus
du côté de leur principe commun, et Essence et Substance, les deux pôles de la
Grande Triade dont parle ici Guénon, lorsqu’ils sont vus du côté de la
manifestation, sont donc dans tous les cas respectivement un principe actif et
un principe passif, un principe masculin et un principe féminin, un principe « supérieur »
et un principe « inférieur », comme nous le disions ; et tout ce
qui participe de l’un ou de l’autre peut être dit relativement
« céleste » ou « terrestre ». Aussi les deux natures unies
dans la personne du Christ peuvent-elles être envisagées selon une indéfinité
de points de vue, bien que généralement, elles le soient sans doute avant tout
comme correspondant aux « deux
chaos, formel et informel, individuel et extra-individuel, de tous les
états, tant non-manifestés que manifestés, dont l’ensemble constitue la
Possibilité totale de l’« Homme Universel » ». Ces deux natures,
ce sont encore les deux branches de la Croix, les sens de l’ « ampleur »
et de l’ « exaltation » ; ce sont le Pontificat et la
Royauté universels ; ici encore, il ne nous est pas possible d’évoquer
tout ce qui est exposé à cet égard dans Le symbolisme de la Croix et
dans La Grande Triade ; mais il est une question, abordée par
Guénon dans son article Les
deux nuits, dont il nous faut encore parler.
Si c’est le « Ciel » qui correspond à la
nature divine, et ceci bien que le Principe soit au-delà de la dualité du Ciel
et de la Terre ou de l’Essence et de la Substance (qui, rappelons-le, sont
non-manifestés, étant respectivement au-dessus et en dessous de toute
existence), c’est que le Ciel, en tant que pôle « positif » de la
manifestation, apparaît comme représentant le Principe d’une façon directe par
rapport à celle-ci, tandis que la Terre, en tant que pôle « négatif », ne peut
en présenter qu’une image inversée. D'autre part, en ce qui concerne l’être
humain, si le Ciel est bien l’esprit informel ou non-manifesté résidant au
centre de son individualité, la Terre, quant à elle, ne peut pas être la
Substance universelle, la pure potentialité, la « materia prima »,
mais seulement, si l’on veut, une « materia secunda », qui
joue un rôle analogue pour l’état considéré, une potentialité relative, à
partir de laquelle s’effectuera le développement intégral de la manifestation
individuelle. Or, cette materia secunda, reflétant dans l’être
humain la non-manifestation de la puissance pure, ce ne peut être que la partie
la plus grossière de l’individualité humaine, la plus « tamasique » en quelque
sorte, mais dans laquelle cette individualité toute entière se trouve pourtant
enveloppée comme un germe ou un embryon ; en d’autres termes, ce ne peut être
rien d’autre que le corps ; et c’est ainsi que
Guénon explique le « et
Verbo caro factum est » de l’Évangile (caro et non
pas mens). Le Principe suprême englobe tout : ce qui est le premier
dans l’ordre principiel apparaît analogiquement et a son reflet synthétique et
final dans ce qui est le dernier dans l’ordre manifesté, et, à cet égard, nous rappellerons l'axiome mentionné par Guénon dans Le masque populaire : « le tout est plus que la partie »[13], écrit-il, "quelle que soit d’ailleurs cette partie, et fût-elle même la plus éminente de toutes [14]" ; mais ceci nous conduit maintenant à parler de la réalisation ascendante et
descendante.
En effet, il faut rappeler que, dans la réalisation
totale, il y a lieu d’envisager l’union de deux aspects qui correspondent en
quelque sorte à deux phases de celle-ci, l’une « ascendante » et l’autre «
descendante ». Dans la première, l’être s’élève jusqu’à son principe non-manifesté
; or, le Principe suprême est au-delà même de la non-manifestation et comprend
à la fois « l’être et le non-être », « le manifesté et le non-manifesté
», « le son et le silence », sans quoi il ne serait pas véritablement la
Totalité absolue. Aussi, tant que l’être ne « redescend » pas vers les
créatures, porteur de toutes les « influences spirituelles » inhérentes à son
état transcendant, il est certes identique au Principe, « mais dans une seule
nature, non dans la double nature comprise en Son unique essence » ; nous
retrouvons d'ailleurs ici les deux aspects de la transcendance et de
l'immanence dont il a été question plus haut, car si, par la réalisation «
ascendante », l'être s'identifie au Principe transcendant, la réalisation «
descendante », qui est la pleine universalisation de cette identité, le fait
apparaître comme Emmanuel, comme « l’Âtmâ incorporé dans les
mondes » ; mais il n'est pas possible de résumer ici tout ce
que Guénon dit de cette question dans son article Réalisation
ascendante et descendante, et le lecteur n'aura qu'à s'y
reporter.
Ces dernières considérations nous amènent à faire
quelques remarques sur les rapports des deux natures du Christ, entendues
cette fois dans un sens peut-être plus « ordinaire » : selon tout ce
qui précède, la nature humaine peut en quelque sorte être considérée comme une
expression, une image ou un reflet de la nature divine. Comme Guénon eut si
souvent l'occasion de le dire, les événements historiques, comme tous les
autres faits, ont une valeur de symboles, expression des vérités d’un autre
ordre auxquelles ils correspondent, sans que cela leur enlève rien de leur
réalité propre en tant que faits ; et le Christ étant l'« Homme Universel », sa
vie est l'expression directe, par excellence, des principes éternels et « du
plan universel tracé par la Volonté suprême qui est désignée
symboliquement comme le « Grand Architecte de l’Univers » ». D'autre
part, nous retrouvons ici le caractère analogique que nous avons reconnu aux
deux triangles inversés du sceau de Salomon, et c'est ainsi, par exemple, que
le sacrifice de la nature humaine du Christ, par lequel s'opère la «
transformation » et la « réintégration » en Dieu, est comme le reflet inversé
du sacrifice primordial à l'origine du processus même de la manifestation
universelle. Enfin, disons encore en passant que si l'Avatâra, dans son
rôle historique, peut rétablir dans le monde, dans la mesure du possible,
l'équilibre primordial rompu par la descente cyclique, c'est sans doute parce
que cet équilibre est le reflet de l'indistinction ou de l'unité principielle
de sa nature divine, et que d'ailleurs, en tant qu'Esprit, il est le Pôle de
l'Existence, sur lequel repose l'équilibre du monde, le point central où
s'unissent tous les complémentaires, où se résolvent tous les contrastes et toutes
les antinomies ; et c'est encore par des considérations similaires que l'on
peut expliquer que seul l'être « missionné » puisse
instituer des rites véritables, ceux-ci étant ici-bas une reproduction
symbolique de ce qui est en Dieu de toute éternité.
Pour conclure, il convient de rappeler le caractère relatif de toute distinction, quelle qu'elle soit : au-delà des deux natures, il y a l'Essence en laquelle elles sont comprises, et, à cet égard, nous rappellerons l'explication qu'a donné Guénon de cette phrase de l'Évangile : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » : « Le Verbe en lui-même », écrit-il, « et par conséquent l’« Homme Universel » qui lui est identique, est au-delà de la distinction du « Ciel » et de la « Terre » ; il demeure donc éternellement tel qu’il est, dans sa plénitude d’être, alors que toute manifestation et toute différenciation (c’est-à-dire tout l’ordre des existences contingentes) se sont évanouies dans la « transformation » totale ». D'autre part, ceci nous amène à faire une dernière remarque : si l'on dit
que la nature humaine « immaculée », la Terre, la Vierge, est comme un plan de
réflexion ou un miroir en lequel se reflète la Volonté divine ou
l'"opération du saint Esprit", suivant le symbolisme des branches
respectivement horizontales et verticales de la Croix[15], alors, le point
d'incidence de l'axe vertical et de la branche horizontale, le Cœur du Christ,
le centre où se réalise proprement le mystère de l’être théandrique, où s’opère
l’union des deux natures, constitue comme un troisième élément (il est d'ailleurs à noter que la constitution de tout
être vivant, suivant l'analogie du macrocosme et du microcosme, peut être
caractérisée de la manière la plus générale et en même temps la plus simple par
le ternaire, ce qui se comprend sans peine si elle doit comprendre un aspect «
céleste », un aspect « terrestre », et un aspect en quelque sorte «
intermédiaire » ; cf. La Grande Triade)[16] ; et ce Cœur, en tant qu'il est le "lieu" de l'union du Ciel et de la Terre, n'est autre que le point 4 des figures que nous avons reproduites au début, et dont nous avons vu qu'il était le reflet ou l'apparence que prenait le Principe envisagé par rapport à la manifestation ; et on peut dire que celui qui a « réalisée » l’« Union » (entendue au sens du sanscrit Yoga) sait, "par la plus réelle et la plus immédiate de toutes les connaissances, que « l’Âtmâ qui réside dans le cœur » ce n’est pas simplement le jîvâtmâ, l’âme individuelle et humaine, mais que c’est aussi l’Âtmâ absolu et inconditionné, l’Esprit universel et divin, et que l’un et l’autre, en ce point central, sont dans un contact indissoluble et d’ailleurs inexprimable, car en vérité ils ne sont qu’un, comme, suivant la parole du Christ, « mon Père et moi nous sommes un ». Dès lors, il est facile de comprendre que l'être qui est effectivement parvenu a cette connaissance, et même à la connaissance, non seulement de l'Être, mais aussi de ce qui est au-delà de l'Être, cet être ne saurait être véritablement affecté par la "redescente" dont nous avons parlé : il a atteint le centre universel et total qui n'est autre que la "Voie du Milieu" dont parle Guénon dans le dernier chapitre de La Grande Triade, et dans laquelle il n'y a « ni droite ni gauche, ni avant ni arrière, ni haut ni bas », et hors de laquelle il n'est rien.
Dieu est plus Savant.
[1] "Sans plus admettre d’irréductibilité absolue que le monisme, le « non-dualisme » diffère profondément de celui-ci, en ce qu’il ne prétend aucunement pour cela que l’un des deux termes soit purement et simplement réductible à l’autre ; il les envisage l’un et l’autre simultanément dans l’unité d’un principe commun, d’ordre plus universel, et dans lequel ils sont également contenus, non plus comme opposés à proprement parler, mais comme complémentaires, par une sorte de polarisation qui n’affecte en rien l’unité essentielle de ce principe commun."
[2] La figure ainsi formée a certaines propriétés géométriques assez remarquables que nous signalerons en passant : les deux triangles équilatéraux opposés par leur base s’inscrivent dans deux circonférences égales dont chacune passe par le centre de l’autre ; la corde joignant leurs points d’intersection est naturellement la base commune des deux triangles, et les deux arcs sous-tendus par cette corde et limitant la partie commune aux deux cercles forment la figure appelée mandorla (amande) ou vesica piscis, bien connue dans le symbolisme architectural et sigillaire du moyen âge. – Dans l’ancienne Maçonnerie opérative anglaise, le nombre total des degrés de ces deux circonférences, soit 360 × 2 = 720, fournissait la réponse à la question relative à la longueur du cable-tow ; nous ne pouvons traduire ce terme spécial, d’abord parce qu’il n’a aucun équivalent exact en français, et ensuite parce qu’il présente phonétiquement un double sens qui évoque (par assimilation à l’arabe qabeltu) l’engagement initiatique, de sorte qu’il exprime, pourrait-on dire, un « lien » dans tous les sens de ce mot.
[3] Cette figure peut être considérée comme
résultant de la projection de chacun des triangles précédents sur un plan
perpendiculaire au sien et passant par sa base.
[4] On pourra encore se reporter à cet égard, à
propos d'une figure semblable, à la
citation de Fabre d'Olivet reproduite
dans la dernière note du chapitre XXI de La
Grande Triade ("Providence,
Volonté, Destin").
[5] Voir Les sept rayons et l’arc-en-ciel.
[6] La "Pensée"
est le Verbe en tant que "lieu des possibles". "Dans Indian Culture (vol. III, n° 4), M. Ananda
Coomaraswamy étudie « La doctrine védique du silence », qu’il
rattache à ce que nous avons exposé ici au sujet du « secret initiatique »,
ainsi que des « mythes » et des « mystères » entendus dans
leur sens originel. Il s’agit donc essentiellement de l’inexprimable, qui est
le « suprême » (para),
tandis que la « parole » exprimée se réfère nécessairement au
« non-suprême » (apara), les deux aspects apparaissant d’ailleurs
comme inséparablement associés dans de nombreux textes, ainsi que dans le
rituel, pour constituer ensemble la conception totale du Principe."
[7] Sur cette notion de "limite" ou de barzakh, il peut être bon de citer ce passage des États multiples de l'Être, car il s'agit d'un aspect de la question sur lequel nous n'aurons peut-être pas l'occasion d'insister suffisamment : "[...] ce qui importe le plus métaphysiquement, ce n’est pas la liberté relative des êtres manifestés, non plus que les domaines spéciaux et restreints où elle est susceptible de s’exercer ; c’est la liberté entendue au sens universel, et qui réside proprement dans l’instant métaphysique du passage de la cause à l’effet, le rapport causal devant d’ailleurs être transposé analogiquement d’une façon convenable pour pouvoir s’appliquer à tous les ordres de possibilités. Ce rapport causal n’étant pas et ne pouvant pas être un rapport de succession, l’effectuation doit être envisagée ici essentiellement sous l’aspect extra-temporel, et cela d’autant mieux que le point de vue temporel, spécial à un état déterminé d’existence manifestée, ou plus précisément encore à certaines modalités de cet état, n’est en aucune façon susceptible d’universalisation [note : "La durée elle-même, entendue au sens le plus général, comme conditionnant toute existence en mode successif, c’est-à-dire comme comprenant toute condition qui correspond analogiquement au temps dans d’autres états, ne saurait davantage être universalisée, puisque, dans l’Universel, tout doit être envisagé en simultanéité."]. La conséquence de ceci, c’est que cet instant métaphysique, qui nous paraît insaisissable, puisqu’il n’y a aucune solution de continuité entre la cause et l’effet, est en réalité illimité, donc dépasse l’Être, comme nous l’avons établi en premier lieu, et est coextensif à la Possibilité totale elle-même ; il constitue ce qu’on peut appeler figurativement un « état de conscience universelle » [note : "On devra se reporter à ce que nous avons dit plus haut sur les réserves qu’il convient de faire lorsqu’on veut universaliser le sens du terme « conscience » par transposition analogique. – L’expression employée ici est, au fond, à peu près équivalente à celle d’« aspect de l’Infini », qui ne peut pas davantage être prise littéralement."], participant de la « permanente actualité » inhérente à la « cause initiale » elle-même [note : "Cf. Matgioi, La Voie Métaphysique, pp. 73-74."]."
[8] Il est à noter que
dans ses Remarques sur la production des nombres, Palingénius fait
correspondre le Sénaire à la Création, le Septénaire à la Formation et le
nombre huit à la réalisation matérielle, c’est à dire à la manifestation
respectivement informelle, subtile et grossière. En outre, il fait remarquer
que « si l’on considère les trois termes [du ternaire] comme ayant une
existence indépendante, on obtiendra par là même le nombre sénaire, impliquant
un nouveau ternaire qui est le reflet du premier : 1 + 2 + 3 = 6.- Il est
encore à noter que la « Formation » reproduit analogiquement, à son
niveau, la « Création » informelle (à ce propos, en connexion avec
tout ce que nous avons dit jusqu’ici, nous ne saurions trop recommander la
lecture du chapitre XLVII des Aperçus
sur l’Initiation, « Verbum, Lux et Vita »), et que donc la
question des deux natures peut être envisagée à l’un ou à l’autre de ces points
de vue, et que même la nature humaine du Christ se
réfère plutôt, de la façon la plus évidente, à l’état humain dans son
intégralité, formel et individuel.
[9] Dans L'Archéomètre, l'étude publié dans La Gnose (signée T.), la figure des deux triangles du sceau de Salomon est également accompagnée de lettres (alphabet hébraïque) : "Les lettres du Triangle de la Terre des Vivants [triangle droit] forment les noms du Verbe et de ses manifestations directes (par émanation, et non par réflexion) : IPhO (ou Fo-hi) et IShO ou OShI (Ishwa-Ra, Jésus-Roi, et Oshi-Ri ou Osiris). Les lettres du Triangle des Grandes Eaux [triangle inversé] forment le nom de MaRiaH (ou Mâyâ, la lettre R se retranchant ou s’ajoutant fréquemment dans les racines sanscrites), manifestation de la Vierge Céleste dans le domaine de l’Embryogénie temporelle, et celui du Verbe manifesté par elle (réflexion du Principe au sein des Grandes Eaux) et agissant comme Créateur (BRaHMâ). Lu dans l’autre sens, le nom de MaRiaH devient celui de HeRMès, le Psychopompe, le conducteur des âmes montantes et descendantes."
[10] Maitri Upanishad, 7e Prapâthaka, shruti 11.
[11] Pâda, qui signifie « pied », signifie aussi
« quart ».
[12] D’une façon analogue, en considérant les trois
premiers états, dont l’ensemble constitue le domaine de l’Être, on pourrait
dire aussi que les deux premiers ne sont qu’un tiers de l’Être, puisqu’ils
contiennent seulement la manifestation formelle, tandis que le troisième en est
les deux tiers à lui seul, puisqu’il comprend à la fois la manifestation
informelle et l’Être non-manifesté. – Il est essentiel de remarquer que les
possibilités de manifestation seules entrent dans le domaine de l’Être, même
envisagé dans toute son universalité.
[13] "Nous ne disons pas « plus grand » comme on le fait habituellement, ce qui restreint la portée de l’axiome à sa seule application mathématique ; ici, on doit évidemment la considérer au-delà du domaine quantitatif. "
[14] "C’est également ainsi que doit être entendue la supériorité de nature de l’homme par rapport aux anges, telle qu’elle est envisagée dans la tradition islamique."
[15] « [...] l’« opération du Saint-Esprit », dans la
génération du Christ, correspond proprement à l’activité « non-agissante »
de Purusha, ou du « Ciel » selon le langage de la tradition
extrême-orientale ; la Vierge, d’autre part, est une parfaite image de Prakriti,
que la même tradition désigne comme la « Terre » [...] ; et, quant au
Christ lui-même, il est encore plus évidemment identique à l’« Homme Universel
» [...]. » (La Grande Triade, ch.1)
[16] Cf. Le Livre des Haltes de l'émir Abd el Qader (dont Guénon a écrit dans une lettre qu'"en dehors de son rôle extérieur, [il] était un mutaçawwuf éminent") : "Le Verbe a trois aspects : un verbe réunissant les lettres de l'activité et de l'efficience, qui 'n'est autre que les réalités de la nécessité ; un verbe réunissant les lettres de la passivité et de la récéptivité, qui est la réalité du Monde ; et un verbe faisant la synthèse entre les deux aspects précédents [...]." (Halte 89, trad. Max Giraud)
[16] Cf. Le Livre des Haltes de l'émir Abd el Qader (dont Guénon a écrit dans une lettre qu'"en dehors de son rôle extérieur, [il] était un mutaçawwuf éminent") : "Le Verbe a trois aspects : un verbe réunissant les lettres de l'activité et de l'efficience, qui 'n'est autre que les réalités de la nécessité ; un verbe réunissant les lettres de la passivité et de la récéptivité, qui est la réalité du Monde ; et un verbe faisant la synthèse entre les deux aspects précédents [...]." (Halte 89, trad. Max Giraud)







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